C’est dans le cadre d’une série de vidéos réalisées par des étudiants de l’Université de Paris Cité , que Léo Lefeuvre, un de nos membres actifs depuis quasiment le tout début de Climat Médias, s’est fait interviewer.
L’épisode a été diffusé le 18 février 2026.
Informer sans déformer : Climat Médias face aux enjeux de l’information climatique
Léo est humanitaire et bénévole au sein de l’association Climat Médias. Actuellement basé en République démocratique du Congo, il s’engage à distance dans le suivi du traitement médiatique des questions environnementales. Il revient sur les missions de l’association et sur sa vision du rôle des médias.
Pouvez-vous présenter Climat Médias et ses principales missions ?
« À la base, il y avait une vraie volonté, de la part des membres fondateurs, de faire quelque chose. Ils se sont tournés vers le monde des médias en partant d’un constat simple : il ne peut pas y avoir de véritable engagement citoyen s’il n’y a pas une vraie éducation, une vraie information et une vraie qualité de traitement sur ces thématiques.
On ne peut pas demander aux gens de s’investir sur ces sujets s’ils ne reçoivent pas les informations nécessaires pour construire leur réflexion.
Aujourd’hui, l’association fonctionne autour de trois grandes missions. D’abord, il y a une veille quantitative. L’idée est d’avoir un suivi sur le long terme : comment on parle de l’écologie, à quel point on en parle, est-ce qu’on en parle plus ou moins qu’avant, et quelle part de l’information dans les journaux télévisés et dans d’autres sources est consacrée à ces sujets.
Ensuite, il y a une veille qualitative, qui est aujourd’hui assurée en grande partie par des bénévoles. Personnellement, au début, une de mes principales tâches consistait à regarder les journaux télévisés, à remplir des tableaux, à prendre des notes pour mesurer le temps consacré à l’écologie, mais surtout pour analyser comment on en parle.
Enfin, la troisième mission de Climat Médias est tournée vers la formation, la sensibilisation et l’éducation. L’association participe à des tables rondes, à des événements, dans des écoles et notamment dans des écoles de journalisme. L’objectif est à la fois de former les citoyens à une meilleure compréhension des médias et de former les journalistes, ou futurs journalistes, à une meilleure connaissance des enjeux écologiques.
Climat Médias est avant tout une association citoyenne. On ne vient pas parler en tant qu’experts, mais en tant que citoyens qui disent : « Nous sommes trop peu informés par vos chaînes et par vos médias sur ces questions-là. »
Comment l’association Climat Médias lutte-t-elle contre la désinformation ?
« Il arrive que certains membres de l’asso saisissent l’ARCOM lorsqu’il y a une énorme erreur dans un reportage, un contresens total, ou quand une personne climatosceptique est invitée sur un plateau sans aucune contradiction.
Le but c’est d’interpeller directement les chaînes sur ces pratiques, mais aussi d’alerter les téléspectateurs et téléspectatrices sur le fait qu’il y a des choses qui ne sont pas normales et qui ne vont clairement pas dans le bon sens. »
Pensez-vous que les médias traditionnels couvrent suffisamment la crise climatique ?
« La réponse est très claire : non. Le sujet n’est pas suffisamment couvert et il n’est pas suffisamment bien traité.
Les journaux télévisés que nous suivons, comme TF1, France télé ou M6, présentent parfois de petites différences dans leur manière de traiter ces sujets ou dans la quantité de temps qui y est consacrée. Mais globalement, le constat reste le même : c’est pas suffisant.
Nous avons souvent un désaccord avec les chaînes sur le rôle que doivent jouer les médias. Pour nous le rôle des médias est d’informer et d’éduquer, surtout sur ces thématique-là. De leur côté, ils considèrent principalement leur rôle comme un rôle d’information. Sans volonté d’expliquer pourquoi les choses se produisent, à quoi elles tiennent, ce qu’on peut faire pour changer la situation et quels modèles de société il va falloir repenser, il est très difficile d’avoir une information de qualité sur ces sujets. »
Quels sont les obstacles à une couverture médiatique plus engagée sur le climat ?
« Une chaîne de télévision n’est pas un bloc homogène. Il y a des journalistes très investis, spécialisés sur les questions environnementales, formés et motivés, mais qui peuvent être freinés par des hiérarchies moins sensibles à ces thématiques.
Il y a aussi un problème de format. Consacrer une minute trente à un sujet aussi complexe, c’est compliqué pour aller au fond des choses. Cela ne permet pas toujours d’expliquer les causes, les conséquences, les mécanismes à l’œuvre, ni de croiser systématiquement les sources. »
Comment évaluer la fiabilité des informations sur le climat dans les médias ?
« C’est essentiel de croiser les sources. Personnellement, quand je vois une information provenant d’un site que je ne connais pas, je prends le temps de vérifier sa crédibilité.
Il faut aussi privilégier des médias de référence et, autant que possible, des médias indépendants, notamment ceux qui sont spécialisés dans les questions écologiques. Aujourd’hui, il existe de très bons médias accessibles en ligne (Vert le media, Bon Pote, Reporterre et on en oublie certainement).
Sur les réseaux sociaux également, notamment sur LinkedIn, de plus en plus de créateurs de contenus et d’influenceurs partagent des informations de grandes qualités sur ces sujets. Certains sont particulièrement pertinents et apportent un vrai travail de vulgarisation, je pense à Thomas Wagner notamment.
Ce qui compte, c’est de multiplier les sources d’information et de formation, afin qu’elles se complètent et permettent d’avoir des regards différents. »
Quels outils et formats sont les plus efficaces pour sensibiliser au climat ?
« Il n’y a pas un format unique qui serait meilleur qu’un autre. Nous ne prétendons pas détenir la vérité absolue. L’idée, pour nous, est avant tout d’écouter les scientifiques.
Ensuite, il existe plusieurs manières de transmettre ces connaissances, qui peuvent s’adapter à différents publics : selon l’âge, le milieu social, les habitudes de consommation de l’information ou les modes d’apprentissage.
Un format peut être très pertinent pour une personne et beaucoup moins pour une autre. C’est pour cela qu’il est important de proposer une diversité de formats, afin de toucher le plus grand nombre. »